Analyse du Cycle de Vie (ACV)

L’ ACV est une analyse multi-critères et multi étapes qui permet de réaliser un diagnostic environnemental d’un produit durant toute sa durée de vie, de l’extraction des matières premières jusqu’à sa fin de vie, autrement dit du berceau à la tombe. ​

Expert Eco-conception

L’ACV d’un luminaire

L’Analyse du Cycle de Vie (ACV) permet de calculer de nombreux impacts sur l’environnement pour chaque étape de la vie d’un produit (ou d’un service, entreprise ou procédé).
Afin d’être réalisée « dans les règles », cette étude doit suivre les normes ISO 14040 et ISO 14044 ainsi que les règles du PEP Ecopassport® (voir ci-dessous) : PCR éd.4 (Product Category Rules) et PSR014 (Product Specific Rules, le « 014 » est dédié aux luminaires).

Les ACV des luminaires ont permis de déterminer les grands enjeux environnementaux de la vie d’un appareil d’éclairage, comme l’impact prépondérant de la phase d’usage (consommation électrique) sur le réchauffement climatique (et ce même si les LEDs – par leur grande efficacité – ont baissé significativement la consommation énergétique).

Pourtant, même si l’ACV est sans conteste une aide formidable à l’écoconception, elle ne constitue pas l’unique approche à prendre en compte pour concevoir un produit vertueux.

En effet, les ACV ne prennent notamment pas ou peu en compte : 

  • La réparabilité : la facilité de démontage, la disponibilité des pièces détachées ou l’utilisation du standard Zhaga (standard des modules LED et driver permettant un remplacement facilité)
  • La durabilité : l’évolutivité du luminaire ou la validité de la durée de vie assignée annoncée par le fabricant par la prise en compte de la pièce ayant la plus courte durée de vie (LED, driver, joint, optique, plastiques divers…)
  • La recyclabilité : la présence ou non de pièces surmoulées, collées, co-extrudées, bi-injectées… pour faciliter le démantèlement et la séparation des matériaux 
  • Les possibilités de secondes vies : le réemploi ou le reconditionnement.

Les impacts environnementaux calculés par les ACV sont nombreux et en voici quelques-uns (ils sont précisés dans l’annexe C du PCR édition 4) : 

  • Indicateurs d’impact environnemental :
    • Contribution au réchauffement climatique, en kg CO2 éq
    • Contribution à l’appauvrissement de la couche d’ozone, en kg CFC-11 éq
    • Contribution à l’acidification des sols et de l’eau, en kg SO2 éq
    • Contribution à l’eutrophisation de l’eau, en kg PO43- éq
    • Contribution à l’appauvrissement des ressources abiotiques – éléments, en kg Sb éq
  • Indicateurs de flux d’inventaire :
    • Utilisation totale d’énergie primaire durant le cycle de vie, en MJ
    • Volume net d’eau douce consommée, en m3
    • Indicateurs décrivant l’utilisation des ressources d’énergie primaire
    • Indicateurs décrivant les catégories de déchets

La difficulté qui en découle est de prioriser les impacts parmi une myriade de données : sur quel critère se focaliser ? Faut-il choisir un ou plusieurs impacts en fonction du marché (l’agriculture aura une pression environnementale différente des équipements électriques et électroniques par exemple) ? Est-il possible d’avoir un indicateur unique global ?

En pratique, le principal critère pris en compte par le marché est le réchauffement climatique, souvent traduit en équivalent « carbone » ou CO2.
Cependant, d’autres solutions simples et pratiques existent également comme l’outil Ecolizer du Pôle Eco-conception qui permet de fournir une première estimation des impacts avec un unique score, le Mid point.

L’ACV peut être très précise ou simplifiée pour identifier rapidement les étapes les plus impactantes et comparer l’utilisation de différents matériaux entre eux par exemple : cela est particulièrement pertinent dans le cadre de l’écoconception.

Depuis les années 2000, différentes bases de données (Ecoinvent, Codde, Ecosystem, Base empreinte…) et logiciels de calculs (EIME, Sima pro, EcoDesign Studio, GaBi…) plus ou moins complexes ont été mis en place.

Cette méthode pour calculer les ACV et les outils qui vont avec sont par ailleurs toujours en construction et – même si le PCR et le PSR cadrent de manière importante la méthode – des zones grises demeurent (comme par exemple la prise en compte de la durée de vie des plastiques, élément qui peut impacter la durée du vie globale du produit donc influencer de manière importante les résultats de l’ACV).

En conséquence : 

  • L’utilisation de l’ACV est particulièrement efficace et fournit des comparaisons « maîtrisées » si la méthode, le logiciel et la base de données sont identiques entre les deux études : par exemple si un unique paramètre est modifié (un process, un matériau…) comme c’est le cas pour l’étude de différents scenarios en écoconception
  • Par contre, une grande prudence est de mise pour comparer des ACV qui n’ont pas été réalisées avec le même logiciel, la même base de données ni la même méthode (donc en pratique par différentes marques)

Chaque étape de la vie du luminaire comporte ses spécificités à prendre en compte : 

Cette première phase de conception est clé pour envisager l’éco-conception du luminaire.

En imaginant celui-ci démontable, réparable, adaptable avec des matériaux recyclés, recyclables, durables, bas carbone, ou encore ancré dans son territoire, le designer et le bureau d’étude vont être les premiers maillons d’une chaîne de valeur éco-responsable.

Comme précisé ci-dessus, l’ACV peut être particulièrement utile et pertinente à cette étape pour comparer l’utilisation de deux matériaux ou deux process de fabrication par exemple.

Les fabricants de matériel d’éclairage – ayant des contraintes techniques et économiques semblables – utilisent un nombre de matériaux limités et souvent similaires. Voici quelques données issues de EIME (Octobre 2025) concernant l’impact global sur le réchauffement climatique pour 1 kg de quelques matériaux vierges (lieu : Europe) :

  • Aluminium => 9,85 kg CO2 éq
  • Acier => 2,55 kg CO2 éq
  • Inox => 1,64 kg CO2 éq
  • Polycarbonate => 3,64 kg CO2 éq
  • PMMA => 3,87 kg CO2 éq
  • Verre => 1,03 kg CO2 éq

Le fait de s’approvisionner en matière recyclée a un fort impact car la définition du système de calcul par la méthode actuelle ne prend pas en compte les impacts de cette matière recyclée (celui-ci est calculé séparément dans le module D) : toute masse de matière recyclée a donc un impact nul, seule la matière vierge (donc non recyclée) a un impact.

Il est important de noter qu’il est facile de s’approvisionner en métal recyclé mais que les plastiques posent plus de problème pour conserver de bonnes propriétés techniques, de couleurs ou de transparence : c’est le cas pour les diffuseurs qui doivent avoir une excellente transmission lumineuse (exemple typique d’un possible « transfert d’impact » par amélioration de l’impact matière entraînant une baisse de l’efficacité énergétique donc une augmentation de l’impact de la phase d’usage).

Une fois les matières premières approvisionnées (ce qui comprend également du transport, voir ci-dessous), il s’agit de transformer ces matières pour fabriquer le luminaire en usine.

Le principe est de prendre en compte tous les intrants et extrants rentrant en compte dans la fabrication.

En prenant en compte les ordres de grandeurs respectifs, la majorité des impacts environnementaux vient ici de l’énergie utilisée par les machines de production (l’emballage est pris en compte mais souvent négligeable).​​

Il faut bien noter que les matières premières n’arrivent pas à l’état « brut » dans l’usine qui fabrique les luminaires et qu’elles ont subies préalablement un traitement au minimum de mise en forme (le métal arrive sous forme de tôle, de bobine, de profilé ; le plastique a été injecté ou profilé ; le verre mis à dimension…).

Il est donc important de prendre en compte la totalité des transformations subies par la matière première (un des points sensibles des ACV et souvent un des biais dans les comparaisons entre produits) afin de constituer le luminaire, ce qui n’est pas forcément aisé, même pour des industriels au cœur de la fabrication.

Les transformations des matières et les process utilisés dans notre industrie du luminaire peuvent être par exemple :

  • Traitement des métaux :
    • Mise en forme : laminage, profilage, usinage, poinçonnage, emboutissage…
    • De surface : peinture, anodisation, electrozingage​…
  • Traitement du plastique :
    • Mise en forme : injection, profilage, découpage, usinage, impression 3D​…
    • De surface : chromage​…
  • Traitement du bois :
    • Mise en forme : découpage, usinage​…
    • De surface : peinture, vernis…

La comparaison des process et donc de l’énergie consommée par chaque machine est délicate car il n’est pas facile de déterminer l’unité à choisir pour pouvoir comparer, ce qui se reflète d’ailleurs dans les unités proposées dans les différentes bases de données : surface, distance, temps, masse ou nombre de pièces. Le plus précis est bien évidemment d’avoir les données mesurées à l’usine mais cela est peu fréquent et pas non plus exempt d’incertitudes car dépendant de la méthode de calcul retenue.

Les fabricants de machines industrielles étant peu nombreux dans le monde et les techniques assez semblables entre process, le facteur clef de cette étape de fabrication sera la nature du mix énergétique de l’usine : électricité verte, électricité France (donc principalement décarbonée avec le nucléaire), électricité Europe ou Asie, gaz….

Il est intéressant de noter que le propane a un important pouvoir calorifique et est particulièrement intéressant dans son rapport énergie dégagée par euro : il est donc couramment utilisé dans des installations consommant beaucoup d’énergie comme les cabines de peinture et peut avoir un fort impact au niveau du réchauffement climatique.

Le transport prend en compte l’acheminement :

  • Des matières premières jusqu’à l’usine
  • De l’usine jusqu’au client final, éventuellement en passant par des ports et une plateforme logistique

Evidemment le plus vertueux est de travailler localement, que ce soit avec les matières premières, l’usine et le client final.

Prenons deux exemples selon le lieu de fabrication pour un luminaire installé en France. 

Un luminaire fabriqué en Chine​ :

  • Transport en camion de l’usine au port
  • Transport en porte container du port de Chine au port français
  • Transport en camion du port français à la plateforme logistique
  • Transport en camion de la plateforme logistique au client

Un luminaire fabriqué en France :

  • Transport de l’usine au client

Cette phase n’a pas un impact fort pour le réchauffement climatique car – le luminaire étant un appareil électrique de puissance à forte utilisation – la contribution « carbone » est générée majoritairement par l’usage du luminaire (sa consommation électrique).

L’installation

La distribution et l’installation n’interviennent que très peu dans les ACV des luminaires professionnels : en effet, il s’agit majoritairement d’un travail humain ayant peu d’impact.

Le seul aspect à prendre en compte ici est le recyclage des emballages.

La maintenance

La maintenance peut être prise en compte dans le calcul de l’ACV s’il est prévu de changer des pièces détachées (source, driver voire joint ou optique) : dans cette étape, l’impact principal est généralement la fabrication de la pièce détachée.

L’usage

L’usage, parmi les différentes phases du cycle de vie, a clairement l’impact le plus important concernant le réchauffement climatique.

Ceci est une spécificité de notre marché due à la nature des appareils de puissance à forte utilisation que sont généralement les dispositifs d’éclairage. Il est important de noter que ce n’est pas le cas pour la plupart des appareils ou objets utilisés dans le bâtiment qui : 

  • Sont moins utilisés (comme des moteurs pour les stores)
  • Servent à la commande (donc avec peu de puissance comme des systèmes d’alarmes ou détecteurs par exemple)
  • Sont des objets « inertes » (comme des moquettes ou des briques)

C’est donc bien la nature du produit et la méthode de calcul utilisée qui pousse à négliger l’importance de la fabrication, du transport et de la fin de vie au détriment de l’usage.

La consommation électrique représente généralement entre 70 et 80% de l’impact total et peut varier de 30 à 95%. La proportion varie notamment en fonction de :

  • L’architecture du luminaire (matériaux et process notamment)
  • La durée de vie effective du luminaire
  • Le nombre d’heures d’utilisation par an
  • La qualité du mix électricité utilisé pour alimenter le luminaire

La consommation énergétique est un critère important et la profession n’a pas attendu les ACV ou cette focalisation récente sur « l’impact carbone » pour l’utiliser : l’efficacité du luminaire est un critère de choix depuis longtemps pour les luminaires (en lm/W).
Plus précisément, l’unité W/m²/100 lux permet de
déterminer la puissance installée dans une pièce avec une étude d’éclairement « statique », ce qui peut même être précisé – en tenant compte des variations de lumière du jour et de la gradation – dans une étude d’éclairement « dynamique » (voir le LENI qui permet de calculer l’énergie consommée annuelle en kWh/m²/an).

La seconde vie du luminaire doit être au centre de la réflexion des bureaux d’étude pour s’inscrire dans le passage d’un système linéaire à un système circulaire.

Le recyclage apparaît trop souvent comme une étape externe déléguée à un tiers, dévolue aux seuls éco-organismes (ecosystem et ecologic pour notre filière) auxquels les fabricants versent une écocontribution annuelle.

Pourtant, la complexité voire l’impossibilité du démontage ou de séparation des matériaux peut nuire à l’efficacité du tri et donc du recyclage des différents matériaux.

Des solutions bien plus vertueuses sont à privilégier : plutôt que de raisonner du berceau à la tombe, pourquoi ne pas penser du berceau au berceau et considérer les « déchets » comme une ressource et non comme une charge ?

Ce changement de paradigme est essentiel dans notre filière pour le réemploi et le reconditionnement : une transformation radicale de la gestion des démolitions ou restaurations de bâtiment (donc de la collecte) est donc nécessaire pour pouvoir :

  • Démonter les appareils sans les abimer​ (grâce à l’aide d’Établissements ou Services d’Aide par le Travail – ESAT)
  • Les orienter vers le bon destinataire (entreprise de réemploi, usine pour une préparation en vue de la réutilisation ou un retour des matières au fournisseur pour recyclage en circuit court…)

Cette “brique” manquante actuellement fait partie des éléments qui freinent considérablement les possibilités de secondes vies des luminaires, il est important que les différents acteurs de la filière se mobilisent pour que ce chainon ne soit plus manquant.

Cette deuxième vie peut être séparée en deux concepts distincts :

  • Le réemploi : selon L’article L541-1-1 du Code de l’environnement, “toute opération par laquelle des substances, matières ou produits qui ne sont pas des déchets sont utilisés de nouveau pour un usage identique à celui pour lequel ils avaient été conçus
  • La réutilisation : selon L’article L541-1-1 du Code de l’environnement,toute opération par laquelle des substances, matières ou produits qui sont devenus des déchets sont utilisés de nouveau

Contrairement au réemploi, la réutilisation passe donc par un statut de déchet et donc une préparation, réparation ou reconditionnement en usine pour le remettre à neuf.

Pour information, actuellement dans la filière DEEE (Déchets des Équipements Électriques et Électroniques) et notamment dans la sous-filière PAM (Petits Appareils électriques en Mélange) dans laquelle sont traités les luminaires : 

  • Les principaux métaux (acier, aluminium, inox, cuivre…) sont bien maîtrisés et donc recyclés (en mélangeant cependant les grades et propriétés de chaque métal ou alliage)
  • Les métaux ou terres rares (électronique) subissent une élimination contrôlée et une valorisation énergétique
  • Les plastiques sont séparés par bains densimétriques puis recyclés mais le PMMA et le polycarbonate sont valorisés énergétiquement (c’est à dire brûlés) car trop denses (donc non séparés)
  • Le verre est enfoui

Focus sur le PEP EcoPasseport

Le Programme PEP ecopassport® permet d’assurer que les déclarations environnementales donnent des informations fiables, transparentes, comparables et vérifiées en conformité aux exigences des normes ISO 14025 et EN 15804.

Elle vise à rendre obligatoire les déclarations environnementales basées sur l’Analyse du Cycle de Vie multicritère pour les produits qui font l’objet de communication sur un ou plusieurs aspects environnementaux.

Les producteurs d’équipements électriques, électroniques et de génie climatique peuvent ainsi réaliser leur communication sous le format de déclaration environnementale de type III PEP (Profil Environnemental Produit). 

Rappelons que le PEP doit faire l’objet d’une vérification indépendante pour attester de sa conformité aux exigences prescrites dans les documents de référence du Programme, à savoir :

  • les règles générales aux appareils électriques et électroniques : PCR (Product Category Rules)
  • les règles spécifiques au luminaire : PSR014 (Product Specific Rules, le « 014 » correspondant aux luminaires)

Cette vérification ne peut être réalisée que par un vérificateur habilité par le Programme PEP ecopassport® et indépendant du processus de publication du PEP.
La vérification aboutit à l’édition de deux documents, prouvant la conformité du PEP :

  • La déclaration de conformité, signée par le vérificateur habilité et indépendant
  • Le rapport de vérification

Un PEP ecopassport® conforme au Programme PEP ecopassport® est facilement identifiable grâce au Cartouche de vérification apposé sur le PEP : il permet de publier le Profil Environnement Produit sur la base INIES qui compile les PEP vérifiés des fabricants de matériel d’éclairage.